désormais on dirait un lotissement
des maisons éparses derrière des clôtures plus ou moins standards
des haies plus ou moins locales
un chemin en terre et pierre la seule chose qui reste du temps où le corbusier est venu voir le terrain que madame de mandrot avait acheté au pradet près de toulon pour y faire ériger une maison estivale souhaitée moderne et minimale
à force d’esquisses sans connaître le terrain les vues l’odeur des pins et de l’air sous le soleil le corbusier est venu et dans la pente dévalant vers le nord et les montagnes il fit l’esquisse d’un promontoire dont la vue est masquée par un mur étiré habité et des volumes avancés isolés presque
la trame est une grille de quatre mètres par quatre environ mais qu’importe tant on est proche des trois mètres soixante-six du modulor volume habitable et des appartements de l’unité d’habitation de grandeur conforme
un module carré étiré retenu ouvert limité percé couvert
un module décliné
oui il y a de la pierre et des poteaux mais surtout il y avait des pans de verre et de bois peints que des cadres en bois également tenaient comme plus tard le modulor permettra de décliner mille compositions abstraites aux proportions d’or
la maison a souffert qui peut dire le contraire
un mur écran limite toujours depuis la terrasse promontoire la vue à l’ouest vers toulon que masquent au-delà aujourd’hui d’autres constructions des arbres des buissons mais demeure la vitre-écran sorte de déclinaison du cadrage dans le mur en longueur qui longe le lac à vevey maison de la mère de le corbusier
à l’intérieur et juste sur le seuil avant d’y entrer un espace dilaté latéral étiré se donne à voir et que ce soit côté entrée avec une transparence merveilleuse au-dessus du vestiaire une leçon magistrale dans quatre mètres de profondeur ou côté séjour la porte en face donnant sur l’escalier extérieur et les montagnes ouverte comme une percée l’œil dans la serrure focale focus l’inconnu la découverte étant donné(e)
la maison a été modifiée personne pour dire le contraire
la chambre de la bonne ouverte en cuisine-repas et la bibliothèque derrière la cheminée fermée et équipée d’une salle d’eau
qu’importe
il y a la transparence au-dessus du vestiaire que personne ne semble voir et qui est merveilleuse de spatialité et la courbe du sanitaire on dirait un œuf à laquelle répond la courbe du garde-corps de l’escalier descendant au niveau inférieur l’atelier
il y a le plein des murs qui se joue du vide des baies mais il manque dans celles-ci les jeux composés magnifiquement d’autres pleins et d’autres vides encadrés
il y a dans la chambre de madame de mandrot la salle de bain avec encastrée dans le sol toute de pâte de verre couverte la baignoire pour s’immerger le regard se perdant au travers de la baie vitrée affleurant le sol dans un lointain de crêtes montagneuses et le jardin proche aujourd’hui réduit atrophié et sec comme l’air
il y a en descendant l’escalier intérieur qu’on se tord le torse pour éviter la courbe du garde-corps chorégraphie que l’architecture ici induit mouvement de rotation dans un plan linéaire et long un savoir faire un mouvement fixe un point un pivot le corps courbe
il y a en-dessous un vaste atelier qui s’ouvre au nord sur le jardin au travers d’une grande fenêtre en longueur châssis de métal vitrages verticaux étirés et porte double et haute pour les toiles
la maison a changé mais la spatialité reste et le souffle coupé
un arbre récemment est tombé sur la grande volée droite de l’escalier nord extérieur déformant les deux garde-corps en des ondes de choc sculpturales qui reproduiraient presque le mouvement qu’impose au corps le garde-corps intérieur
le terrain est sec réduit il n’en reste que des miettes et les sculptures dehors ont disparu comme la chambre de la bonne et celle du chauffeur mais qui pour s’en plaindre
l’architecture est intacte
ce n’est pas le bleu d’un mur de pierre peint dans le séjour qui l’atteint
ce n’est pas l’état de vétusté ni même le manque cruel des pans de bois dans ceux de verre pourtant regrettés
la cuisine-repas et ses rideaux verts et la chambre qui remplaça la bibliothèque préservent le plan étiré
les pleins les vides entre maçonnerie et baies sont intacts
il n’y a ni ruine ni péril la maison est sauve et l’architecture quoi qu’en disent certains est intacte
jeu magnifique et superbe de volumes sous la lumière
merci à architecture de collection pour avoir permis cette visite juin 2026
(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)1ère mise en ligne et dernière modification le 20 juin 2026.
